Louis Pouzin, ingénieur français, un père oublié d’internet
louis-pouzin un fondateur createur de notre internet avec le datagramme - histoire d internet

Louis Pouzin, ce nom ne vous évoque rien ? Rassurez-vous, nous ne le connaissions pas non plus avant la récente sortie du livre Comédies françaises”. L’auteur Éric Reinhardt explique d’ailleurs que c’est par le plus grand des hasards qu’il découvre l’existence de ce père fondateur français de la technologie d’internet. Nous qui pensions bien connaître l’Histoire d’internet et du web, nous sommes tombés des nus.

Nous avons donc fait nos recherches sur celui qui aurait pu, bel et bien, donner naissance à un internet français d’une puissance sans commune mesure mais dont les travaux bénéficieront finalement au protocole ARPAnet américain de l’époque… Pourquoi ? <(spoil alert) Si seulement le gouvernement français avait décidé d’utiliser la technologie développée par l’équipe de Louis Pouzin, au lieu de couper soudainement ses financements.> Accrochez-vous, cette histoire est digne d’une série saga Canal+.

“ARPAnet” américain versus “Plan calcul” de l’IRIA en France

En 1970, une délégation française en visite diplomatique aux Etats-Unis découvre leurs premiers ordinateurs connectés. Ce réseau encore rudimentaire est appelé ARPAnet. A cette époque, ce système d’échange d’informations en est à ses prémisses mais présente un réel potentiel.

Cette délégation constate qu’un retard risque de se creuser avec son équivalent français, le “Plan Calcul” (le général de Gaulle avait créé en 1967 l’organisme de supervision de ce plan : l’IRIA, organisme public existant toujours sous le nom dINRIA). Un nouveau projet est donc pensé avec pour objectif de créer un “ARPAnet français” et bien évidemment public.

Les recherches sur le développement de cette technologie de mise en réseau et d’échange de data est lancé en 1971 et prendra le nom du projet Cyclades.

Louis Pouzin (ingénieur polytechnicien né en 1931) est choisi pour prendre en charge les recherches et le développement de l’ambitieux projet Cyclades.

Louis Pouzin et “Cyclades”, la base technique d’internet

Louis Pouzin va développer au sein de Cyclades une approche technique très différente de celles existantes jusqu’alors, dans la transmission de données : il propose de découper les informations en paquets et les transmettre indépendamment les uns des autres, sans se soucier de leur ordre d’arrivée (car ils sont ré-assemblés au point de destination).

Cette technologie de transfert en réseau par paquets aura bientôt un nom : c’est l’invention du datagramme.

En novembre 1973, une première démonstration est réalisée avec trois ordinateurs. Ils sont connectés entre eux et fonctionnent ainsi de concert en échangeant les données par paquets.

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Mitra 15 , noeud du réseau Cyclades

Les PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones, ancien service public qui rassemblait la Poste et France Telecom) était convaincu par cette avancée technologique. Ils comprenaient que cette technologie était l’évolution naturelle du télégraphe. Les PTT mettent donc à disposition certaines de leurs lignes pour le développement du projet Cyclades…

En 1975, le réseau “Cyclades” relie 25 ordinateurs répartis sur le territoire français, plus un à Rome et un à Londres.

En 1976, il fonctionne de façon journalière… et c’est un succès total.

La France était à ce point, en très bonne voie pour avoir un nouveau réseau de communication public… Imaginez-vous un internet qui serait un service public ? Un service accessible et offert à tous ? Au même titre que l’est notre école publique…

Mais les élections présidentielles vont tout changer. Valéry Giscard d’Estaing l’emporte sur François Mitterrand aux présidentielles de 1974. L’aventure technique de “Cyclades”, déjà largement avancée et probante, va bientôt tourner court.

Comment la France est passée à côté d’Internet en choisissant le Minitel

– ou les choix (nous dirons malavisés) de Valéry Giscard d’Estaing et son impact sur l’ère de l’information en France –

Les choses se corsent donc en 1974. Valéry Giscard d’Estaing arrive au pouvoir et succède ainsi à Pompidou sous lequel le projet s’était développé. En toile de fond, deux gros industriels français, Alcatel et Thomson, se livrent à une guerre de concurrence et jouent des coudes pour faire accepter que le service public laisse plus d’espace aux entreprises privés. Ils vont alors faire en sorte d’obtenir une révision de la “politique informatique” en France (de nos jours ce procédé est désigné par le terme de lobbying). Le président Giscard, voulant donc donner une plus grande place au secteur privé dans le domaine de l’informatique ira dans le sens de ces industriels. Dans le même temps, les subventions de l’état sont impactées par le premier choc pétrolier et se voient réduites dans leur globalité. 

Les conseillers de Valéry Giscard d’Estaing lui présentent par ailleurs le réseau Cyclades et son protocole du Datagramme sous un fort mauvais jour : ce protocole innovant envoie les paquets de données dans le désordre, ce qui serait un “vice de conception”. Cela est mis en comparaison avec le système de réseau Transpac qui lui émet et reçoit les données dans le même ordre (ce que fait également l’ARPAnet américain d’ailleurs). Ce qui est considéré comme un “désordre” du système Cyclades est en réalité son innovation, sa force, sa révolution. En effet, le système Cyclades est, de ce fait, plus rapide et moins cher à mettre en place. Mais ces points sont techniques et la force du système est présentée comme sa faiblesse.

Données complémentaires :

Le protocole du Datagramme ne fonctionnait à l’époque que sur deux d’ordinateurs : Mitra 15 et le Mini 6. 2 (ordinateurs de fabrication française) et le protocole, développé par un organisme public, est en open source (libre). Le réseau Transpac de son côté, fonctionne lui sur les ordinateurs de DEC et d’IBM. Ces gros fabricants américains sont propriétaires de la technologie Transpac (pas open source comme le datagramme).

Le gouvernement français de l’époque n’a donc pas vu, non plus, que s’il avait fait le choix d’un projet open source, il aurait du même coup automatiquement favorisé la fabrication française.

Le réseau Transpac gagne sur celui de Cyclades

Victoire du privé sur le public

C’est donc le réseau Transpac qui aura les faveurs de l’état français. C’est ce réseau qui sera utilisé pour le déploiement du Minitel sur tout le territoire français (quoiqu’on pense du Minitel et de ses limites liées au réseau Transpac, on peut remarquer que la France est le premier et l’unique pays au monde à faire bénéficier durant les années 80 d’une telle technologie à ses habitants).

Alors que Cyclades fonctionnait avec succès, le gouvernement français fait donc sonner son glas sur elle. Les fonds sont coupés.

Le financement public du projet, bien que modeste, ait définitivement arrêté en 1978.

Le Minitel utilisera donc la technologie limitée Transpac. Ce réseau aura un coût élevé, répercuté sur ses utilisateurs, et un rationnement de l’accès aux données ce qui planifiera son obsolescence.

Dans la décennie qui suivra, France passera à côté de son destin et perdra son avance tout comme son indépendance technologique dans les sciences appliqués de l’information.

Le Datagramme n’est pas mort

La mort du réseau Cyclades n’a pas pour autant entraîné la fin du data­gramme. Le protocole du datagramme a simple­ment été repris par les américains, sous un autre nom de protocole : “TCP/IP

La nature Open Source du projet Cyclades, financé par l’argent public français, a rapidement permis aux américains de donner un nouvel élan à leur ARPAnet, qui sans le protocole français de Cyclades, équivalait au réseau Transpac du Minitel.

« En 1973, j’ai présenté le concept de Cyclades dans une conférence internationale. C’est à ce moment-là que Vinton Cerf et Robert Kahn s’en sont emparés pour concevoir le futur protocole de commutation d’Internet, le désormais fameux TCP/IP. Ils l’ont défini en s’inspirant de nos solutions, en particulier de la notion d’indépendance des paquets. »

Louis Pouzin

Alors sans Louis Pouzin, Inter­net exis­te­rait-il  ?

Sur ce point, Louis Pouzin exprime clairement la réponse logique à cette question :

« Il y aurait peut-être un Inter­net, mais il serait très, très diffé­rent. Sans moi, il n’y aurait pas de data­grammes. Je n’ai pas inventé Inter­net, la pater­nité revient à ceux qui ont mis en place Arpa­net. Même si ce système a très vite été dépassé, il est là le point de départ. Le data­gramme, c’était juste une évolu­tion »

Louis Pouzin

Louis Pouzin, notre nouveau héros d’internet, que devient-il ?

Louis Pouzin vit toujours en France. Il a continué de travailler sur d’importants projets pilotes au sein de l’INRIA. Il a également travaillé par la suite pour CN et la branche Recherche et développement de France Telecom.

En 1989, Louis Pouzin devient le doyen de l‘Institut Theseus, un MBA orienté vers les télécommunications, créé par France Télécom à Sophia Antipolis. Ce MBA est classé parmi les meilleurs européens en l’an 2000. Il a depuis été intégré à l’EDHEC.

Louis Pouzin est désormais à la retraite. Cependant c’est un homme qui est toujours actif…

En 2005, il crée le NLIC (Native language internet consortium) qui a pour objectif promouvoir les langues natives sur les réseaux mondiaux. Promouvoir les langues maternelles passent avant tout par la possibilité d’intégrer des lettres avec accent voir d’autres alphabets… c’est in fine promouvoir plus de contenu dans les réseaux dans d’autres langues et rendre internet plus accessible à tous.

Au début, il faut bien avouer que nous ne comprenions pas vraiment l’intérêt d’une telle initiative, jusqu’à que nous lisions cette citation de Louis Pouzin :

 “C’est un cheval de Troie”S’attaquer au monolinguisme d’Internet, c’est s’attaquer à l’hégémonie américaine sur Internet, explique-t-il. Voilà encore quelques années, les Américains légitimaient par un baratin technique la nécessité de faire fonctionner le système d’adresses du Réseau (le Domain Name System, ou DNS) avec des caractères latins non accentués. Il n’y a aucune nécessité technique à cet état de fait : la seule “nécessité” est de conserver le système actuel parce qu’il est géré aux Etats-Unis.” Une prérogative qui donne à l’administration américaine “la capacité technique d’espionner le Réseau”.

Louis Pouzin

Louis Pouzin est donc resté un militant. La transmission de l’information lui tient toujours à coeur, tout comme l’indépendance et la liberté qu’elle est en capacité de nous apporter. Louis Pouzin reste toujours à la recherche d’une nouvelle évolution positive.

Reconnu par ses pères et par plusieurs dirigeants dans le monde, le voici ci-dessous recevant le “Queen Elizabeth Prize” :

Vinton Cerf, Robert Kahn, Tim Berners-Lee et Marc Andreessen et Louis Pouzin recevant le Queen Elizabeth Prize for Engineering pour le World Wide Web
Vinton Cerf, Robert Kahn, Tim Berners-Lee, Marc Andreessen et Louis Pouzin recevant le Queen Elizabeth Prize for Engineering pour le World Wide Web

Nota bene : dans cet article, nous parlons des liens de Louis Pouzin avec la création d’Internet. Il n’est donc pas question du Web et nous avons écrit un article à ce sujet pour vous aider à comprendre simplement la différence entre l'”internet” et le “web” .

Oui, Louis Pouzin est un des créateurs de notre internet

Cocorico.

En cela, l’équipe de Contrôle C tenait à le saluer et le remercier car :

  • sans Louis Pouzin, pas d’internet tel qu’on le connait
  • pas d’internet, pas de web
  • pas de web, pas de sites web
  • pas de sites web, pas de moteurs de recherche type Google & CO
  • pas de moteurs, pas de classements
  • pas de classements, pas de jeux passionnants de référencement
  • pas de passion, pas d’expertise Contrôle C
  • pas de Contrôle C… 2 associé(e)s cherchant à donner un sens à leur vie…

Merci à vous, Louis. Nous faisons aujourd’hui, en partie grâce à vous, un travail qui nous plait et dont nous sommes fiers-ières. Notre passion et notre curiosité à comprendre les algorithmes s’est orienté il y a quelques années pour servir un but. Notre expertise très large en SEO nous permet d’aider les petites entreprises françaises, ses savoirs-faire rares, préserver et développer ses emplois en rivalisant dans les Serps avec les entreprises du Cac-40.

Alors “Papa Pouzin”, que l’aventure continue !

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